Couche-Tard et Carrefour : la France n’est pas le Québec colonisé

https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2021-01-12/couche-tard-en-discussion-pour-acquerir-la-chaine-francaise-carrefour.php

Le gouvernement français moins colonisé et arriéré qu’au Québec

Personne ne peut accuser le parti politique du président français Emmanuel Macron et du ministre de l’Économie Bruno Le Maire d’être à gauche, comme c’est le cas pour des ex-présidents (Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing). Droite ou pas droite, tous les gouvernements français ont toujours adopté des lois et des politiques économiques, logiques et courageuses afin d’assurer la souveraineté du pays par le biais, entre autres, de la propriété nationale de ses plus grands fleurons. On vient de le réaliser encore une fois lors du refus du gouvernement français, poli mais sans équivoque, signifié à la québécoise Alimentation Couche-Tard, de se porter acquéreuse, pour environ 25 milliards de dollars canadiens, du géant français de l’alimentation au détail Carrefour, qui représente près de 20% de la distribution alimentaire de la France et qui est le plus important employeur privé au pays avec plus de 100 000 salariés. À remarquer que la proposition d’achat fut bloquée même si l’État français ne détenait pas d’actions dans Carrefour.

Bravo pour le véritable nationalisme économique français

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement intervient afin de s’assurer du maintien de la souveraineté économique de la France en refusant la vente de leurs joyaux privés à des étrangers, comme d’ailleurs tous les pays occidentaux le font, des États-Unis à l’Allemagne en passant par la Grande-Bretagne sauf le Canada, et encore davantage le Québec. Être colonisés, c’est comme dans nos gènes. En fait, il n’y a que les pays en voie de développement, fortement corrompus (comme le Québec d’ailleurs), qui vendent leurs ressources, leurs biens publics et leurs entreprises à des prédateurs étrangers. Voilà pourquoi ils sont pauvres et qu’ils le resteront. C’est l’évidence même qu’un pays ne peut s’enrichir s’il devient locataire de ses propres richesses naturelles et de ses entreprises, ce qui fait que l’argent sort régulièrement du pays, qui y perd aussi en termes de souveraineté politique. Il faut fixer une limite au contrôle étranger en général, l’interdire dans des secteurs névralgiques comme plusieurs pays le font, et pas seulement la France, tel que l’alimentation, le pharmaceutique, le militaire, l’eau et le permettre en co-propriété avec l’État local dans les domaines des ressources naturelles, des communications et de l’internet.   

Quelques exemples de l’interventionnisme bénéfique français

En 2005, le gouvernement de droite en France était intervenu pour s’opposer à l’acquisition du géant français de l’agro-alimentaire Danone par l’américaine Pepsi : «Jacques Chirac se porte à la rescousse de Danone» (Le Devoir, 22 juillet 2005). En 2003, l’ex-ministre de droite des Finances, Nicolas Sarkozy, s’était objecté catégoriquement à l’acquisition de la transnationale pharmaceutique française Aventis par Novartis de Suisse et d’autres. Le gouvernement français avait même structuré la fusion d’Aventis à la pharmaceutique Sanofi, également française : «Création du troisième groupe pharmaceutique mondial. Aventis dit oui à Sanofi» (Le Journal de Montréal, 26 avril 2004).

Ici, au Québec, nos gouvernements ont toujours applaudi et même favorisé la vente de nos pharmaceutiques à des étrangers, comme ce fut malheureusement le cas pour la vente du joyau québécois Institut Armand-Frappier (Biochem Pharma à l’anglaise Shire pour plus de 6 milliards de dollars). Il ne reste absolument plus rien au Québec de ce qui fut une réussite québécoise phénoménale issues de laboratoire de cet Institut scientifique rattaché à l’Université du Québec et qui aurait été bien utile en cette période de pandémie car ledit institut était spécialisé dans la fabrication de vaccins qu’il vendait et exportait partout dans le monde. Mais ici, au Québec, nos élus préfèrent être dépendants des pharmaceutiques étrangères (pas juste pour les vaccins anti-coronavirus mais aussi pour les produits contre le cancer, les maladies cardiaques, etc.) et de leurs fidèles contributions. Ils pensent aussi à leur après-carrière en politique.

D’autres blocages en France

Pas plus tard qu’en 2019, il y a eu cette nouvelle : «Renault. Fiat Chrysler retire son offre de fusion. Le géant italo-américain juge qu’il n’obtiendra pas d’accord avec l’État français» (Le Devoir, 6 juin 2019). En voulez-vous d’autres parmi beaucoup d’autres? «Alston : Paris rejette l’offre en l’état de General Electric» et aussi «Vivendi (française) offre d’acheter Dailymotion (également française). L’État français voyait d’un mauvais œil le flirt engagé par la plateforme de partage de vidéos avec le honkongais PCCW» (Le Devoir, 6 mai 2014 et 8 avril 2015). Enfin l’italienne Enel ambitionne d’acquérir Suez, spécialisé dans l’énergie et les services publics. Le gouvernement français a dit non, et «La France met au point la fusion entre Gaz de France et Suez (qui deviendra le géant mondial Engie, contrôlé à 36% par l’État» (Le Devoir, 28 février 2006).    

Ici nos gouvernements vendent avec enthousiasme Provigo, Carrière, Culinar et cie

Provigo était tout aussi importante en termes d’emploi, d’achats locaux et du maintien du siège social au Québec que Carrefour en France. Et pourtant, le premier ministre d’alors, le péquiste Jacques Parizeau, s’était montré heureux, oui heureux, de la vente de Provigo à l’ontarienne Loblaw’s avec toutes les conséquences négatives qui s’ensuivirent par après. Et puis, il y a eu la vente d’importantes entreprises manufacturières alimentaires comme Culinar et Aliments Carrière à des étrangers qui a reçu l’assentiment enthousiaste de Bernard Landry et de la coopérative Desjardins. Ah oui, les libéraux Anglade et Couillard ainsi que les caquistes Dubé et Fitzgibbon ont été jusqu’à dire, en bons commanditaires et colonisés qu’ils sont, que la vente de Rona à l’américaine Lowe’s, le don de la C-Series de Bombardier à l’européenne Airbus et la cession de Bombardier Transport (locomotives) à la française Alston étaient bons pour le Québec. Incroyable mais vrai. Oui, ils ont dit que cela serait bénéfique pour nous et que cela enrichirait le Québec.

Comme Provigo et Rona, Carrefour est rentable

Certains experts commandités québécois admirés et souvent sollicités par nos médias locaux ont souligné le «besoin» de vendre Carrefour, Provigo, Air Transat, Rona et d’autres par le fait que la rentabilité de ces firmes n’était pas suffisante et pas satisfaisante pour les requins investisseurs comme les Fonds d’investissements spéculatifs qui se spécialisent à acheter des entreprises, à les démanteler, à couper dans l’emploi et à acheter leurs marchandises dans les pays du «cheap labor» qui exploitent leurs travailleurs. Il faut arrêter de toujours viser à tout prix plus de profits pour les entreprises et de croissance du produit intérieur brut pour les pays, ce qui fait que c’est comme cela que l’on exploite nos frères et nos sœurs et que l’on tue à vitesse V la planète qui, à la longue, va nous-mêmes nous éliminer.

Le Québec et l’influence des gros bonnets

Carrefour a comme principaux actionnaires les milliardaires français Bernard Arnault (9% des actions) et la famille Moulin, propriétaire, entre autres, des Galeries Lafayette (10% du contrôle) pour qui, bien évidemment, Carrefour n’offre pas assez de rendement sur leurs placements. La solution pour ces derniers est de vendre l’entreprise le plus vite possible à n’importe qui, afin d’empocher un beau gros profit juteux. La sécurité alimentaire, l’emploi et le maintien des sièges sociaux en France, ils en ont que faire. Même si certaines entreprises françaises ont comme importants actionnaires de très riches, influents et puissants français, les gouvernements français, de gauche ou de droite, restent imperméables à leurs demandes égoïstes, quitte à se voir priver de financement politique. En France, l’intérêt public, souvent voté par des lois, prime sur l’intérêt privé des richards et de leurs lobbyistes qui, souvent, sont comme par hasard, d’ex-politiciens.

Ici au Québec c’est tout à fait différent. La famille Beaudoin-Bombardier, qui a toujours carburé aux fonds publics, a lancè l’idée à Pauline Marois et aux libéraux de construire en Gaspésie une belle grosse cimenterie (alors que déjà le bateau de Bombardier coulait) très polluante et financée principalement par des subventions publiques, et voilà que nos gouvernements embarquent rapidement et joyeusement. Cimenterie que nos élus viennent de vendre, toujours avec enchantement, à des Brésiliens. Pour sensibiliser Jean Charest à ses besoins, la famille Desmarais l’invitait avec sa famille à passer quelques jours dans son château de Charlevoix. En passant, ce n’est pas naïvement en subventionnant les petites serres au Québec et en leur faisant cadeau de notre électricité que l’on va assurer la sécurité alimentaire du Québec.

Fitz et Alain Bouchard qui essaient en vain de convaincre le ministre français

Alain Bouchard, le propriétaire majoritaire de Couche-Tard, a rencontré à Paris le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, et notre propre ministre de l’Économie, le flamboyant Pierre Fitzgibbon, lui a parlé au téléphone. Fitz a pensé embobiner son collègue français Bruno Le Maire en lui garantissant que Couche-Tard pouvait garantir l’achat local, l’emploi et le maintien du siège social en France. Ce baratin primaire impressionne seulement nos élus embrigadés. Pourtant, Fitz lui-même n’y croit pas à ces engagements angéliques jamais tenus puisque c’est lui-même qui, en 2020, avait dit que le maintien d’emplois, du siège social et de l’achat local, c’était «idéologique». Il privilégiait les engagements moraux et les promesses verbales à celles colligées et garanties par contrats légaux (Le Journal de Montréal, 7 octobre 2020). La cohérence n’est pas le point fort de Fitz. Un autre qui joue au gros et qui impressionne au Québec mais pas en France et ailleurs.

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