Médias : cours d’autodéfense idéologique

https://www.france24.com/fr/20140521-blogueuse-yoani-sanchez-cuba-premier-quotidien-independant

On est tous journalistes

Vous vous épanchez régulièrement sur internet pour exprimer vos opinons, critiques, points de vue à vos amis, parents, connaissances, étrangers et autres? Vous ne le savez peut-être pas, mais la presse occidentale (Journal de Montréal, Agence France-Presse, Bloomberg, Associated Press, etc.) vous considère comme un journaliste en bonne et due forme. Oui, le fait de vous défouler sur les réseaux sociaux fait de vous un journaliste, encore plus si vous habitez un pays pas capitaliste, donc pas démocratique selon nos médias.

Vous critiquez sur internet le gouvernement et sa gestion de la pandémie? Hop, vous faites du journalisme. Vous pouvez même le mettre sur votre c.v. Pas besoin de travailler pour Le Devoir ou Le Monde pour être affublé du titre de «reporter». Et si vous faites une recherche sur les pays les plus peuplés du monde, alors là vous devenez, par la force des choses, un journaliste d’enquête. N’est-ce pas beau tout ça?

Prenons l’exemple de la Chine

La Chine est le pays le plus peuplé du monde avec ses 1,5 milliards d’habitants. Comme c’est un pays socialiste, les médias occidentaux nous disent que ces 1,5 milliards de personnes vivant en Chine n’ont pas de liberté (de parole et de pensée), qu’elles sont opprimées, oppressées et surveillées en permanence, etc., comme c’est le cas en Russie et à Cuba. L’enfer quoi!

Alors la multinationale médiatique occidentale qu’est l’Agence France-Presse, toujours à la recherche de la vérité et toujours un modèle d’objectivité, a réussi à trouver, parmi ces 1,5 milliards d’individus, une personne du nom de Zhang Zhan, une adepte des réseaux sociaux qui a la particularité de toujours critiquer le système «totalitaire» chinois et de tout le temps plaider pour plus de démocratie capitaliste menée par les ploutocrates. Alors, il est donc tout à fait normal que l’Agence France-Presse et nos médias d’ici l’aiment et fassent d’elle – imaginez la «joke» pathétique – une «journaliste citoyenne». Voilà pourquoi je dis qu’on est tous journalistes, mais «citoyens». Quel joli nom. Journaliste citoyen, c’est en plus vertueux.

Et naturellement, elle devient vite la chouchou de nos médias qui n’en manquent jamais une afin de varloper démagogiquement tout ce qui est socialiste. Nos journalistes répondent alors à la commande de leurs patrons qui eux, à leur tour, obéissent aux ordres de leurs propriétaires de gros médias détenus par les Bezos, Bloomberg, Murdoch, Péladeau et cie. Madame Zhan a donc droit à beaucoup de couverture médiatique, comme ce très long article paru dans Le Journal de Montréal du 27 décembre 2020 avec comme titre : «Covid 19 : une journaliste (sic) chinoise condamnée à 4 ans de prison après ses reportages (des opinions plutôt que des reportages rigoureux) à Wuhan». La journaliste «citoyenne», c’est Zhang Zhan. Bien évidemment, l’article ne mentionne pas qui finance ses voyages et son train de vie. Alors quand nos médias parlent de journalistes dits «citoyens», un salutaire doute s’impose car ils essaient de vous endoctriner.

Idem pour Yoani Sanchez à Cuba

Nos médias occidentaux ont affiné leur vocabulaire car en 2010 ils parlaient de «cyberjournalistes» alors qu’aujourd’hui, ils les qualifient de journalistes «citoyens», ce qui fait plus noble. Pendant plusieurs années, nos médias d’information ou de désinformation, comme vous préférez, aimaient beaucoup la cubaine Yoani Sanchez, et lui consacraient souvent des textes et des reportages très élogieux car celle qui affectionnait l’internet pour critiquer continuellement le gouvernement cubain sur tout, était considérée comme un modèle patriotique se battant courageusement pour la liberté, la démocratie et pour que les États-Unis reprennent le contrôle «démocratique» à Cuba comme dans le bon vieux temps de Batista : «Cuba. La dissidente Yoani Sanchez en tournée» (La Presse, 19 février 2013). En tournée, pas à Cuba s’entend, mais dans plus d’une douzaine de pays en Europe et en Amérique. Vous le savez, Cuba, en majeure partie à cause de l’embargo américain, est un pays pauvre, mais riche en services publics. Bizarre mais la militante cubaine «pro-démocratie» vit dans une très belle maison à Cuba et voyage souvent à l’étranger. Nos journalistes de l’AFP n’ont pas cherché à savoir qui la finance. Bah, ce n’est pas très important à savoir. Ça doit être une œuvre de bienfaisance logée aux États-Unis.

Revenons à la chinoise Zhang Zhan

Une chance que le ridicule ne tue pas. Permettez-moi de revenir à la chinoise Zhang Zhan mais elle est à la fois drôle et pathétique. Même notre très sérieux journal Le Devoir n’y échappe pas, tel que l’illustre ce très long article, avec en prime une grosse photo, du 29 décembre 2020, intitulé : «Quatre ans de prison pour une lanceuse d’alerte chinoise». Comme cette blogueuse professionnelle critique vertement le gouvernement chinois en formulant des commentaires subjectifs, Le Devoir a cru bon de lui décerner le titre flatteur de «lanceuse d’alerte» en plus de sa fonction de journaliste «citoyenne».

Un militant versus un terroriste

Pour nos médias locaux et internationaux, des personnes (même milliardaires comme le magnat de presse Jimmy Lai de Hong Kong) qui sont du côté de l’Occident et de ses amis sont toujours considérées comme des «militantes» pro-démocratie, comme à Kong Kong, en Syrie, au Venezuela, en Russie, etc. Par contre, ceux qui se battent pour plus de démocratie et plus de liberté dans des pays proches amis de l’Occident, comme le Yémen, l’Irak, le Myanmar, les Émirats arabes unis, le Bahrein, etc., sont plutôt qualifiés de «rebelles» ou de «terroristes». Vous pigez la différence entre «militant» et «terroriste»? Tout dépend de quels intérêts vous représentez et lesquels vous défendez. Essayez pas de nous faire passer Hong Kong comme un modèle démocratique, c’est trop pour moi. Hong Kong a toujours été un gros paradis fiscal, royaume des combines internationales, du blanchiment d’argent et des banques et où a toujours prévalues d’énormes inégalités économiques. La Chine, avec raison, veut mettre un peu d’ordre là-dedans. Vous rendez vous bien compte de l’énormité? Nous faire accroire que le milliardaire propriétaire de médias d’information à Hong Kong, Jimmy Lai, est un modèle de démocratie et de liberté et nous le faire passer pour un martyr, c’est bien de valeur, mais pour moi c’est le comble de la démagogie de nos médias trop biaisés : «Hong Kong. Le magnat prodémocratie Jimmy Lai en détention provisoire» (Le Devoir, 4 décembre 2020).

Les Russes sont nuls : vous n’avez rien à craindre

«Cyberattaque : Washington accuse (comme toujours) la Russie» (Le Journal de Montréal, 19 décembre 2020). Et l’ancien secrétaire d’État du gouvernement américain, Mike Pompeo, fidèle adepte de Donald Trump, qui a dit, à propos de cette attaque majeure : «C’était une entreprise très importante, patiente et nécessitant beaucoup d’expertise et de ressources financières. Je crois que nous pouvons maintenant dire assez clairement (sans preuve) que ce sont les Russes qui se sont engagés dans cette activité». Toujours à propos de cette autre cyberattaque, le sénateur républicain Mitt Romney, ex-candidat malheureux à la présidence des USA, a affirmé que : «C’est comme si des bombardiers russes avaient survolé notre pays tout entier de façon répétée sans être repérés» (les États-Unis sont toujours victime de cyberattaques, ils n’en font pas aux autres).

Encore de la foutaise. Vous voulez mon opinion franche? Alors pour moi, les Russes sont incapables de faire des choses aussi sophistiqués car ils sont intégralement nuls. Attaques informatiques, vols de découvertes et de technologies, etc., comment vous pouvez honnêtement accuser les Russes et la Russie alors qu’ils ne sont même pas capables d’empoisonner leurs propres citoyens rébarbatifs et récalcitrants, une chose pourtant tellement élémentaire à faire que tout pays sérieux, avec l’aide de ses experts des services secrets, accomplit en criant lapin, comme les Israéliens et les États-Unis qui tuent sans difficulté des Iraniens en Irak et même en Iran.

Les Russes ont essayé, selon les dires de notre presse occidentale, d’empoisonner l’opposant pro-démocratie (encore un) Alexeï Nalvany. Ils ont lamentablement échoué : «Russie. Nalvany visé par une enquête pour fraudes» (Le Devoir, 30 décembre 2020). Qui finance le dissident russe n’est pas très important pour nos médias, même si le monsieur «pro-occidental» a recueilli 7 millions de dollars en dons dans ses propres organisations humanitaires, qui portent toujours le qualificatif doucereux d’ONG. L’important était qu’il vargait sur la Russie pour avoir droit à une immense couverture médiatique en Occident. Et pis, même si le financement provient de milliardaires ou de pays étrangers, ça change quoi?

En 2018, le journaliste «citoyen» russe Arkadi Babtchenko, exilé en Ukraine, est déclaré mort par la presse occidentale tué à l’arme automatique par des espions russes. Mais, comme les Russes sont nuls. Ils ont encore loupé et le militant pro-démocratie russe est apparu bien vivant le lendemain de son assassinat présumé. Ah ces Russes, même pas capables de tuer personne par empoisonnement ou avec un fusil. Ils font vraiment durs.

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